25 janv. 2017

L’achat responsable aujourd’hui. Entretien avec Pierre Pelouzet, Médiateur des entreprises

« C’est mon engagement associatif qui m’a amené à devenir Médiateur des relations inter-entreprises en novembre 2012 », rappelle Pierre Pelouzet, désormais Médiateur des entreprises. Ancien acheteur dans des grands groupes, l’homme a de la suite dans les idées : Président-fondateur de l’ObsAR (Observatoire des achats responsables), trésorier de PactePME, et à la tête de l’association Pas@Pas pour des achats solidaires, entre autres, il se consacre depuis longtemps à la généralisation de relations fructueuse

Pierre Pelouzet, quelle est la place de l’achat responsable dans la médiation des entreprises ?

Le premier objectif de la médiation, c’est de résoudre les conflits, tout particulièrement ceux qui opposent les grands acheteurs et les petits fournisseurs. Et sa première étape consiste à réunir les protagonistes autour d’une même table !

En la matière, nous sommes passés d’une centaine de dossiers par an à mon arrivée à plus de 1000 aujourd’hui.

Mais il s’agit aussi de prévenir ces conflits, de restaurer la confiance et le dialogue, en diffusant une culture d’achats responsables. Car les bonnes pratiques se transmettent : il faut générer des chaînes de responsabilité.


Qu'est-ce qu'être responsable aujourd'hui quand on est un acheter ?

La première responsabilité d’une entreprise, c’est de payer ses fournisseurs. On peut gloser tant qu’on voudra, mais il s’agit là d’un point clé. Si les retards de paiement sont toujours aussi conséquents, s’ils mettent en danger les fournisseurs des grandes entreprises, jusqu’à parfois les conduire à la faillite, alors où est la responsabilité ?
Au delà des discours, ce sont les actions qui comptent, le comportement qu’adopte le donneur d’ordre vis à vis de ses fournisseurs :

  • est-ce qu’il les paie correctement ?
  • est-ce qu’il entretient avec eux des échanges réguliers ?
  • ses appels d’offres sont-ils ouverts à des idées nouvelles ?
  • ses appels d’offre permettent-ils l’inclusion de travailleurs handicapés ou en réinsertion ?

La responsabilité, c’est d’abord de pouvoir donner des réponses positives à ces questions clés. 


Comment les entreprises de Facility Management peuvent-elles s’intégrer à la politique RSE d’une entreprise ?

La notion de chaîne est ici aussi à l’œuvre. L’un des rôles des acteurs du FM est, au fond, d’acheter pour le compte de leurs clients. Leur adhésion aux valeurs de responsabilité, qu’il s’agisse par exemple d’inclusion des personnes en situation de handicap ou en réinsertion, la gestion des carrières, l’innovation, profite à leurs clients. Elles ne doivent pas hésiter à les mettre en avant. La responsabilité, c’est contagieux.


Comment inscrire la RSE dans les relations clients-fournisseurs ?

On constate souvent que les grands donneurs d’ordre tentent d’imposer la RSE. Je reste dubitatif. Pour commencer, parce que le dialogue fait partie de la RSE, et qu’une règle à laquelle le plus fort tenterait de soumettre les plus faibles n’a que bien peu de chances de générer cette chaîne de valeurs et de responsabilité que j’appelle de mes vœux.

Mais aussi parce que l’acheteur doit accepter de réfléchir aux conséquences de ses actes. Par exemple, si chaque acheteur impose sa « formule » de RSE à ses fournisseurs, cela implique pour ces derniers une perte de temps à devoir répondre à chaque demande, qui va différer d’un client à l’autre… Au total c’est, pour le donneur d’ordre, plus se faire plaisir que de la vraie responsabilité. En d’autres termes : responsabilité bien ordonnée commence par soi-même !

L’achat responsable, une dynamique pour l’entreprise Réfléchir en termes de coût complet et pratiquer l’achat responsable ne présente que des avantages. On pense souvent à l’image de l’entreprise ou à la qualité de sa marque employeur. Mais il s’agit aussi de gains économiques, par exemple en incluant la gestion de l’environnement. Derrière ces bénéfices, une réalité : l’entreprise gagne en dynamique. Les fournisseurs sont davantage mobilisés. Et pour les générations montantes, ces Millenials qui ont besoin de trouver du sens à leur travail, il s’agit pratiquement d’un préalable à leur motivation, à leur engagement dans le projet d’entreprise. Chaque jour, je vois des organisations d’échanges clients-fournisseurs, collectifs ou individuels, adaptés aux réalités des deux parties. Cet échange intelligent est propre à développer et à optimiser la chaine de responsabilité entre entreprises. Et vient démontrer qu’aujourd’hui, on n’achète pas : on partage. 


<< Dans le cadre de sa politique renforcée d’achats responsables et d’insertion sociale, Elior Services a mis en place des partenariats durables avec des entreprises issues de l’économie sociale et solidaires pour le traitement des déchets et utilise des produits détergents responsables (éco-labellisés, sans CMR, non classés, concentrés) à hauteur de 90%. Grâce à ces différentes actions, Elior Services s'est vu attribuer en 2016 la médaille d'or EcoVadis. >>



Propos recueillis par Thierry Gillmann



Le site de l’ObsAR : http://www.obsar.asso.fr 
Le site de la charte et du label Relations fournisseur responsables : http://www.relations-fournisseur-responsables.fr
PactePME : https://www.pactepme.org
Association Pas@Pas : http://pasapas.handeco.org/

 

Recevez un résumé mensuel de nos articles
Rechercher
Récemment
La gestion des déchets en entreprise : une dimension responsable connue, un enjeu économique à saisirAu-delà de la dimension responsable et des avantages environnementaux, une bonne gestion des déchets peut...Lire la suite
Meilleurs articles du mois
La gestion des déchets en entreprise : une dimension responsable connue, un enjeu économique à saisirAu-delà de la dimension responsable et des avantages environnementaux, une bonne gestion des déchets peut...Lire la suite
L'Internet des objets (IOT) : un nouveau terrain de jeu pour les acheteurs ?Quelque soit le secteur d’activité, le potentiel de gestion offert par l’IoT est sans précédent...Lire la suite
EcoVadis, la garantie d’achats responsables !En quoi consiste le classement EcoVadis ?Sur la base ISO 26000, qui donne aux entreprises...Lire la suite